« 15 mai 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 187-188], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4861, page consultée le 06 mai 2026.
15 mai [1848], lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon aimé, bonjour toi, bonjour, vous, bonjour et amour de plus en plus, je
t’adore. Dites donc est-ce que vous croyez que la petite lichette toute trempée de
pluie que vous m’avez donnée hier au soir compte ? Merci il m’en faudra bien d’autres
pour mes trois francs... que vous me donnerez de votre plein gré et de votre belle
générosité. Je ne vous y forcerai pas car je suis trop sûre de votre bon cœur. Je
veux
vous laisser tout le mérite, toute la gloire et toute la douceur de votre bonne
action. C’est bien le moins mon Dieu, grand Dieu.
J’ai bien regretté hier que la
pluie ait attardé chez moi ce pauvre Vilain
car j’aurais pu te voir plus longtemps et surtout plus à mon aise si j’avais été
seule. Ce pauvre garçon ne se doute pas du tout [de] ce qu’il m’a
coûté hier. Je ne lui en veux pas mais vraiment je le regrette et je le regretterai
de
plus en plus. Je sais trop que le bonheur perdu ne se retrouve pas. Aussi je suis
très
chiche et très rapace pour tout ce qui y ressemble. Maintenant quand te verrai-je ?
Tu
ne le sais pas toi-même pourvu que ce ne soit pas trop tard et trop peu, je ne me
plaindrai pas. En attendant, j’attends. Occupation assez fastidieuse. J’aimerais mieux
vous baiser.
Juliette
« 15 mai 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 189-190], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4861, page consultée le 06 mai 2026.
15 mai [1848], lundi après-midi, 2 h.
Si la pensée avait une forme visible, mon petit bien-aimé, vous me verriez souvent,
pour ne pas dire toujours, à vos côtés ; et Dieu sait quel plaisir cela vous ferait
surtout dans les tête-à-tête avec les diverses Clara plus ou moins Duchatel que vous protégez,
que vous patronnez et que vous entretenez. Dieu sait quelle FLORE s’épanouirait sur
votre charmant museau, quelle variété de girofléea à cinq feuilles s’étalerait sur votre nez d’académicien si la
pensée, au lieu d’être une chose impalpable, incolore et inodore était une Juju en
chair et en os.
Profitez de vos avantages jusqu’à ce que je trouve un jour ma belle, c’est-à-dire la vôtre, et que je ne vous fasse payer en
une seule fois toutes vos trahisons passées, présentes et futures. Je ne vous prends
pas en traître mais tâchez que je vous prenne pas du tout car
[vous] passerez un mauvais quart d’heure. Je m’aperçois un peu
tard que j’écris dans le même style qu’ALPHONSE de gribouillante mémoire. Heureusement que vous possédez la
science de feu le sphinx et que vous débrouillerez très bien ma vraie pensée à travers
tous les fouillis de stupidité dont elle est couverte. D’ailleurs c’est bien clair.
Je
vous ficherai des giffes et je vous tuerai la
première fois que je vous trouverai en flagrant délit d’infidélité n’importe avec
qui.
Maintenant tenez-vous pour averti et ne vous laissez pas surprendre si vous
pouvez.
Juliette
a « girofflée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
